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Hypnose & mémoire : la confabulation a du bon


Prendre ses désirs pour des réalités, est-ce nécessairement un mal ?

Un débat philosophique passionnant.

Prendre ses souvenirs pour la réalité, à quel point cela peut-il faire mal ?

Un sujet neuroscientifique hypnotique - et passionnant questionnement philosophique.

𝘊𝘰𝘯𝘧𝘢𝘣𝘶𝘭𝘢𝘳𝘪 : du latin 𝘤𝘰𝘯𝘷𝘦𝘳𝘴𝘦𝘳, 𝘴'𝘦𝘯𝘵𝘳𝘦𝘵𝘦𝘯𝘪𝘳.

Confabuler, c'est s'entretenir dans une fausse réalité, c'est se raconter à soi-même une fable à laquelle on croit réellement, peu importe les faits, même si la réalité la défait.

Confabuler, c'est prendre son imaginaire pour la réalité.

Comment sait-on que nos pensées collent à la réalité vécue ?

Parce que notre cerveau fait le tri avant même que l'on en ait conscience.

Juste en-dessous des yeux se situe le cortex orbito-frontal.

C'est dans cette zone du cerveau qu'un filtre joue le rôle de garde-fou : le filtre orbito-frontal de la réalité (Dr Armin Schnider).


Voici comment :

~ je m'assieds à une table où se trouve une assiette avec une part presque intacte de tarte aux poires.

~une personne visiblement chafouine me demande : «𝘌𝘭𝘭𝘦 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘢 𝘱𝘢𝘴 𝘱𝘭𝘶 𝘮𝘢 𝘵𝘢𝘳𝘵𝘦 ? »

~ avant même d'en avoir conscience, les neurones de l'aire orbito-frontale se mettent au travail : mon cerveau fait le tri dans mes pensées et mes souvenirs et conserve les informations pertinentes : 𝘫𝘦 𝘯'𝘢𝘪 𝘱𝘢𝘴 𝘮𝘢𝘯𝘨𝘦́ 𝘤𝘦 𝘣𝘰𝘶𝘵 𝘥𝘦 𝘵𝘢𝘳𝘵𝘦, 𝘫𝘦 𝘷𝘪𝘦𝘯𝘴 𝘥𝘦 𝘮'𝘢𝘴𝘴𝘦𝘰𝘪𝘳 etc.

~ cette pensée émerge alors à ma conscience et je peux répondre poliment que je viens d'arriver - ce qui m'enlèvera toute implication dans ce crime de lèse-pâtissier.

Le cerveau étant bien fait, façonné par un paquet d'années d'évolution, ce filtrage active par la même occasion le circuit de la récompense qui carbure à la dopamine : on a tout intérêt à distinguer entre imaginaire et réalité, dans la savane comme dans nos jungles modernes


Cerise indispensable sur la tarte aux poires, l'hippocampe (zone-clé des apprentissages et de la mémoire) s'active juste avant ce filtrage pour ancrer l'évènement comme le souvenir soit d'un évènement réel, soit d'un évènement imaginaire.

Mais si j'avais eu un filtre défectueux*, j'aurais pu réellement me souvenir faussement que j'avais commandé une tarte aux pommes et que je m'étais arrêtée à la première bouchée parce que je n'aime pas les poires - ce qui n'aurait sans doute pas rendu moins chafouine la personne en question.

Un mélange de souvenirs anciens (je n'aime pas les poires) et de faux souvenirs, peut-être pour combler les lacunes de ma mémoire dans cette situation.

Même si c'est en total décalage avec le fait que je viens d'arriver et que je n'ai encore rien mangé.


*en cas d'AVC ou rupture d'anévrisme, de trauma crânien, de démence, de sevrage alcoolique sévère (déficit en vitamine B1 dans le syndrome de Korsakoff), de schizophrénie ...

Fait passionnant (et la philosophie affleure ici) : que le cerveau soit « sain » ou sans filtre, ce tri entre imaginaire, souvenirs et réalité est pré-conscient.

Impossible donc de changer volontairement - consciemment - sa perception de la réalité.

Sous hypnose, c'est autre chose.

Sous hypnose, lorsqu'on fait appel à la mémoire, trois phénomènes peuvent apparaître :

~ une hypermnésie : les souvenirs reviennent sans les barrières habituelles sociales, morales et autres

~ des distorsions mémorielles : un mix se produit entre imaginaire et souvenirs réels (par inhibition du filtrage orbito-frontal ?)

~ une pseudo-mémoire : des suggestions peuvent être intégrées comme de vrais souvenirs.



Sous hypnose, le cerveau ne fait donc plus totalement la différence entre imaginaire et réalité.

C'est là tout son intérêt : pouvoir intégrer dans le corps entier et en temps réel de nouveaux comportements et schémas de pensées.

Phobies, traumas, addictions, estime de soi, apprentissage, créativité ... Les applications n'en sont limitées que par ... l'imagination.

En prenant bien soin de (se) rappeler qu'il s'agit bien de changer la représentation que l'on se fait de son passé, et non le passé lui-même (comment il s'est inscrit dans notre mémoire).

𝘊𝘰𝘯𝘧𝘢𝘣𝘶𝘭𝘢𝘳𝘪 : du latin 𝘤𝘰𝘯𝘷𝘦𝘳𝘴𝘦𝘳, 𝘴'𝘦𝘯𝘵𝘳𝘦𝘵𝘦𝘯𝘪𝘳.

Converser avec ses souvenirs, c'est un peu s'entretenir soi-même...

Vous reprendrez bien une part d'imaginaire ?




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